Au sud de Nietzsche, la Crète

Je me sens l'âme de Nietzsche, de Van Gogh, (re)découvrant en Crète la lumière et les couleurs éclatantes du sud. Mais à la différence du peintre et du philosophe, ce n'est pas le changement de climat tant que le changement d'air qui constitue ma "révélation du sud", car les étés à Tokyo sont déjà chauds, humides, frappés par ce même puissant soleil.

Ce que ce sud m'apporte, en une claque de chaleur et de couleurs, c'est une rare expérience extra-corporelle, où l'hébétude du corps révèle en pleine gloire un esprit libéré, vagabondant dans les feuillages argentés des oliviers sous les cieux indigo, libre de découvrir de nouvelles métaphores, de s'inventer de nouveaux paradigmes.

Pourtant le Japon me manque, tant la foule sur les côtes crétoises m'insupportent, et les villages perdus dans le centre de l'île, accessibles seulement après parfois de longues heures de mauvaise route (quand ce ne sont pas des kilomètres de piste), ne sauraient porter en eux la substance de ma pensée; la nonchalence des chats faisant une sieste à l'ombre de grands murs blancs en des rues tortueuses et pentues, les petits vieux vêtus de noir aux terrasses des "tabernas" n'offrent à ma pensée qu'une matrice nouvelle, somptueuse et vide : il manque à ce calme le chaos attenant, il manque ce mélange dont seule Tokyo m'abreuve.

olivier, lundi 16 juin 2003, 16:12

Récolte 2003

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