Le mot et moi
Amours d'enfance, brouilles et embrouillaminis sur cahiers de brouillon, ruptures parfois déchirantes... Un vieux couple, qui déménage, dans un préfabriqué aux murs pastels. Le mot, et moi.
La magie, dans ce genre de relation, c'est de découvrir les petits secrets, les aspects cachés de l'Autre. Et parfois, c'est dans des relations buissonnières, dans des aventures hors du couple, qu'arrivent les plus belles de ces découvertes. Il m'aura par exemple fallu lire les vers d'une autre pour comprendre que les écrits, souvent dénués d'intérêt ou de beauté aux yeux du lecteur, élégants au mieux, ne prennent tout leur sens que pour quelques initiés.
Dans le bouquet de fleurs artificielles de ce poème-la, peut-être ne voyez-vous que plastique et tissu, j'y vois plutot un petit matin calme, triste et beau, un mauvais café en bonne compagnie. Chacun son truc, tout cela n'est après tout qu'affaire de madeleine.
La force de ce bouquet de mots ne réside pas, bien au contraire, dans son universalité, quand à peine deux ou trois clampins, voire seul le poète, sont à même d'en extraire la substantifique moelle, l'infinie beauté. Cela peut sembler pathétiquement banal, ce fut pour moi une violente prise de conscience, une révélation sur-le-cultante.
Et c'est peut-être pour cela, après tout, que ma relation au mot est un spectacle plutôt solitaire, tout au plus sous l'oeil de lecteurs qu'on pourrait compter sur les doigts de la main (mais une grande main, un lecteur ça prend de la place). Comme l'on dit ici, "hi sureba hana nari", c'est en secret que la fleur s'épanouit.
Récolte 2003
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